Les chiffres ne mentent pas : chaque année, des milliers d’élèves arpentent les tranchées de Verdun alors même que les musées peinent à séduire. Pourtant, la mémoire collective, elle, ne faiblit pas. Dans de nombreuses villes, on ne se contente plus d’une plaque commémorative : on met en place des parcours vivants, pensés par des enseignants qui ont fait de la transmission du passé leur spécialité. Depuis la Mission du Centenaire, lancée en 2012, l’offre pour expliquer la Première Guerre aux enfants n’a cessé de s’enrichir. Sur certains sites, écrans tactiles, dispositifs sonores et capsules ludiques font désormais partie du décor, rendant l’histoire accessible même aux plus jeunes.
Pourquoi transmettre la mémoire de la Première Guerre mondiale en famille reste essentiel aujourd’hui
Partager la mémoire de la Première Guerre mondiale avec ses enfants, c’est bien plus que feuilleter un manuel. On ouvre un espace de discussion, on fait entrer l’histoire de France dans le salon, on fait résonner des valeurs qui ne s’apprennent pas seulement à l’école. La grande guerre ne se résume pas à une frise chronologique : elle traverse les générations, s’invite dans les souvenirs, ressurgit parfois à travers des objets oubliés ou des lettres d’un autre temps. Ce sont les visages des soldats, les absences qui marquent les familles, les histoires d’hommes et femmes, d’enfants qui grandissent avec un père parti ou disparu.
Partager ces récits chez soi, c’est offrir à l’enfant une façon différente de comprendre la mémoire de la guerre. Les livres jeunesse, les bandes dessinées, les jeux de société ou même certains dessins animés deviennent autant de portes d’entrée pour aborder la réalité de la guerre des générations. Ces supports multiplient les points de vue, éveillent la curiosité, nourrissent l’échange. Parfois, l’histoire familiale s’entrelace à la grande histoire : on pense au roman « Le goût de la terre » de Mina Fadli, où la trajectoire de M’Bark, frère de Mohamed, se perd dans les famines du Maroc en 1947. Les femmes, qu’elles soient grands-mères, tantes ou mères, sont souvent au cœur de cette transmission : elles incarnent la mémoire familiale, la rendent vivante, concrète.
Quelques situations illustrent la force de ce partage :
- Aborder un livre ou un souvenir d’ancêtre, c’est ouvrir un dialogue sur la vie, la bravoure, la perte, la capacité à se relever.
- Faire le lien entre la Première Guerre et d’autres pages de l’histoire, comme la Seconde Guerre mondiale, ou les récits venus d’autres horizons, du Maroc à la France, enrichit la réflexion familiale.
Installer la mémoire de la guerre au cœur du foyer, c’est faire barrage à l’oubli, à l’indifférence. On permet à chaque enfant de s’approprier, à sa manière, une part du passé collectif. L’histoire ne reste plus lettre morte : elle prend chair, elle se transmet, elle interroge.
Découvrir les sites mémoriaux incontournables et des ressources ludiques pour éveiller la curiosité des enfants
Faire découvrir l’histoire de France aux plus jeunes, c’est miser sur l’expérience directe. Rien ne remplace la visite d’un mémorial ou d’un champ de bataille : la réalité s’impose, les questions fusent, le passé devient tangible. À Verdun, sur la Nécropole nationale de Douaumont ou à Notre-Dame-de-Lorette, l’émotion est palpable. Ces lieux ne racontent pas seulement l’histoire : ils la donnent à ressentir, loin des pages figées des manuels scolaires.
Pour prolonger la découverte, il existe aujourd’hui une diversité de supports adaptés à tous les âges. Livre d’histoire ludique, BD, jeu de société : chacun trouve sa façon d’entrer dans la mémoire nationale. Par exemple, « L’Histoire de France en BD » de Dominique Joly et Bruno Heitz ou « La véritable histoire de Léon, qui vécut la libération de Paris » de Yann Bernabot, racontent la grande histoire à hauteur d’enfant. La série « Mes 150 pourquoi » permet de stimuler la curiosité en mode questions-réponses, sans jamais ennuyer.
Voici quelques pistes pour ancrer l’histoire dans le quotidien familial :
- Des jeux comme « CHRONI CARDS L’Histoire de France » ou « Timeline Histoire de France » dynamisent les soirées et installent les repères historiques en s’amusant.
- Le lapbook, cet outil créatif, invite les enfants à découper, assembler, dessiner et organiser l’information, pour mieux s’approprier le récit.
Les ateliers dédiés aux jeunes au Festival du Livre de Paris ou les vidéos proposées sur Lumni offrent aussi des occasions de prolonger la découverte en dehors de la maison. Les échanges, la surprise et l’exploration collective donnent à la mémoire nationale une place vivante dans la famille. Ici, chacun apprend en avançant côte à côte, entre passé et présent.


